La seringue de petite taille est un dispositif courant en soins infirmiers. Elle semble intuitivement adaptée pour intervenir sur un cathéter obstrué : petite, maniable, facile à saisir. Pourtant, l’utiliser pour rincer ou déboucher un cathéter peut exposer le patient à des complications graves. Explication d’un principe physique simple, aux conséquences bien réelles au domicile.
Un petit calibre, une forte pression
Une pression excessive dans le cathéter peut entraîner sa rupture ou sa fissuration, une extravasation du produit dans les tissus environnants, le déplacement d’un cathéter à chambre implantable, ou encore la mobilisation d’un thrombus vers la circulation sanguine, avec un risque d’embolie pulmonaire.
Ce risque s’explique par un principe physique simple : la pression générée dépend de la surface du piston. Plus cette surface est réduite, plus la pression produite est élevée pour une même force exercée. Une seringue de 2 ml peut ainsi générer une pression plusieurs fois supérieure à celle d’une seringue de 10 ml, bien au-delà de ce que les fabricants de cathéters tolèrent. C’est le principe du talon aiguille : un éléphant de 5 000 kg s’enfonce moins dans le sol qu’une femme en talons, parce que son poids se répartit sur une grande surface.
La bonne pratique : 10 ml, ou un piston de 15 mm
La bonne pratique repose sur l’utilisation systématique d’une seringue d’au moins 10 ml, ou d’une seringue pré-remplie type BD PosiFlush, dont le piston de 15 mm de diamètre permet de limiter la pression exercée. Des seringues de 3 ou 5 ml peuvent être utilisées à condition que leur piston atteigne également 15 mm de diamètre.
Le point clé est donc le diamètre du piston, plus que le volume affiché sur la seringue. La SF2H recommande d’ailleurs de réaliser le rinçage pulsé avec une seringue supérieure ou égale à 10 ml, précisément pour ne pas endommager le cathéter par surpression.
Face à une résistance : les bons réflexes au domicile
C’est lorsqu’une résistance apparaît que le réflexe de la petite seringue revient. C’est le moment de s’en méfier le plus : ne jamais forcer, ne jamais réduire le calibre pour « faire passer ».
La conduite à tenir tient en trois temps :
Vérifier les causes mécaniques : clamp fermé, plicature de la tubulure, robinet mal orienté…
Aspirer doucement avec une seringue de 10 ml, puis rincer en douceur au NaCl 0,9 %.
Ne pas insister et solliciter l’infirmier coordinateur ou le prescripteur.
Disposer en permanence de seringues pré-remplies de 10 ml dans le kit patient reste le moyen le plus simple de rendre le bon geste automatique.
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